Quel avenir pour le verre?

30 avril, Longueuil.

Klareco, la seule usine de recyclage du verre au Québec, ferme définitivement ses portes. Filiale de Gaudreau Environnement, l’usine Klareco, anciennement connue sous le nom d’Unical, traitait annuellement 100 000 tonnes de verre issu de la collecte sélective.

Quelles sont les solutions pour corriger cette situation et éviter l’élimination ?

La consigne ?

La consigne privée sur les bouteilles de bières (CRM, contenants à remplissage multiple) permet de récupérer et de réutiliser 95 % de ces contenants. Ce modèle fonctionne parfaitement bien du fait que les brasseurs installés au Québec réemploient les mêmes bouteilles de 10 à 12 fois avant de devoir les recycler. Beaucoup de gens s’interrogent sur la pertinence d’étendre la consigne aux bouteilles de vin. Un chaud débat en perspective!

« Pour la SAQ, le débat sur la consigne [du verre] est clos. » Il est clair que la Société d’état n’appuiera jamais la consigne, d’autant plus qu’elle participe activement à la promotion de la collecte sélective comme seule solution à la récupération du verre, que ce soit par de multiples campagnes publicitaires, par son appui à Bacs+ ou par son soutien financier à la Table pour la récupération Hors Foyer. De très nombreux groupes sont résolument en faveur de la récupération du verre par la collecte sélective. La collecte pêle-mêle, quoiqu’on en dise, a tout de même facilité la vie des citoyens et fait augmenter fortement et de manière soutenue la récupération des matières recyclables.

Source : RECYC-QUÉBEC

Et pour tous les autres intervenants en GMR, le débat est-il clos ?

Pour le Front commun québécois pour la gestion écologique des déchets (FCQGED), la collecte sélective est inefficace et le Québec devrait consigner les bouteilles de vin. Louable intention, mais comment va-t-on réutiliser 200 millions de bouteilles, alors que le Québec est loin d’être un embouteilleur majeur ? Le FCQGED, comme bien d’autres intervenants et spécialistes de la gestion des matières résiduelles, soutien que le verre fait diminuer la valeur des ballots de papier et de plastique, car il s’incruste dans ces matériaux lors des opérations de collecte et de tri. Il existe par contre des solutions mécaniques pour éviter cette contamination, telles que le trommel amélioré de Machinex, qui retire jusqu’à 95 % du verre dès le début du tri.

Collecter le verre autrement ?

Plusieurs sont d’avis qu’il faut le sortir de la collecte sélective et le trier autrement afin d’obtenir un verre de meilleure qualité et d’améliorer la performance des centre de tri. Les municipalités en France, par exemple, offrent à leurs citoyens de disposer du verre dans des « cloches » à verre prévues à cet effet. Pour compléter le tout, les industriels font leur part; « 80% des bouteilles et bocaux en verre collectés sont recyclés dans un système de recyclage en boucle fermé », selon le site Consoglobe.

Un rapport de l’ACR (Association des Cités et Régions pour le Recyclage et la gestion durable des ressources) souligne que « le système de collecte séparé des déchets devrait être largement soutenu si nous voulons bâtir une économie circulaire pour les emballages en verre ». Sachant que la France et l’Europe en général ont toujours une longueur d’avance sur les nord-américains, il serait intéressant d’évaluer la faisabilité de cette avenue.

Source : www.sudouest.fr

Et si on enfouissait tout simplement le verre ?

Face aux multiples problèmes que connait la filière de recyclage du verre au Québec, André Dumouchel, éditeur et rédacteur en chef du Magazine 3Rve, dans le numéro Printemps-Été 2012, allait même jusqu’à se demander « […] pourquoi il faudrait absolument détourner le verre des sites d’enfouissement alors que le verre n’est ni plus ni moins que du sable… » Il va sans dire que le verre est inerte et ne constitue pas une menace pour l’environnement, mais l’élimination de cette matière ne cadre pas avec la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.

Le Ministre Blanchet admet que le verre risque fortement de se retrouver à l’enfouissement, mais assure que tout sera fait pour essayer de contrer cela. Même son de cloche pour Jeannot Richard, vice-président Innovation à RECYC-QUÉBEC, pour qui la prochaine destination-voyage du verre récupéré est le site d’enfouissement.

Heureusement, une partie du verre collecté ira au nouveau centre de Tricentris, où il sera incorporé au béton, pendant que la recherche se poursuit avec la Chaire SAQ de valorisation du verre dans les matériaux de l’Université de Sherbrooke. Déjà, on utilise du verre recyclé dans la peinture, des isolants en fibre de verre, dans le sable de filtration et le sablage au jet, comme se plaît à nous rappeler la SAQ. Par contre, est-ce que la qualité du verre récupéré dans les centres de tri permet vraiment toutes ces applications ? Et que faire des milliers de tonnes qui ne trouveront pas de seconde vie dans ces débouchés, forts prometteurs, mais encore marginaux ?

Président-directeur général et cofondateur de Second Cycle, s’intéresse depuis 2010 à l’adoption de l’économie circulaire afin d’obtenir des gains économiques et environnementaux en entreprise. Depuis la fondation de Second Cycle, l’entreprise réalise des mandats de service-conseil stratégiques et est impliquée à la mise en place sur une base annuelle à environ 80 succès liés à l’économie circulaire. Frédéric Bouchard est consultant, formateur, l’auteur du blog.secondcycle.net et a donné plus de 20 présentations et conférences sur l’économie circulaire. Frédéric détient un bac en Sciences Appliquées orienté pour le milieu industriel de l’École de Technologie Supérieure.

Publié dans Actualité Second Cycle, Gestion des matières résiduelles
3 commentaires sur “Quel avenir pour le verre?
  1. Jean-Louis Chamard dit :

    Parfaitement d’accord avec la consignation des bouteilles en verre pour le réemploi, mais pas pour le recyclage. Dans ce dernier cas, la collecte sélective est plus efficace et moins coûteuse. Le réemploi (pas la consignation) des bouteilles de vin sur une grande échelle ne se pratique pas dans le monde occidental. À une petite échelle, oui, c’est possible. Mais réemployer les bouteilles en verre (les trier, les laver, les remplir avec du vin, les bouchonner et les étiqueter) pour des vins provenant de tous les coins de la planète, c’est très difficile.
    Une des solutions, c’est de développer de nouveaux marchés pour le verre provenant de la collecte sélective. Un des mandats de RECYC-QUÉBEC est justement d’aider au développement de nouveaux marchés pour les matières recyclables. Il y aura toujours du verre (pots, bocaux, bouteilles, etc.) dans la collecte sélective. Il faut mieux trier ce verre, lui trouver une utilisation à valeur ajouté (pas seulement faire des bouteilles) et développer ces nouveaux marchés.
    Klareco a fermé en raison d’une contamination excessive (jusqu’à plus de 30 % de contamination) du verre acheminé par les centres de tri du Québec. Le programme de financement du transport du verre y a contribué par la bande. Il était plus facile et moins coûteux de mettre les déchets avec le verre que de payer localement pour leur enfouissement.

  2. Luc Faucher dit :

    Plusieurs personnes croient à tort que l’enfouissement du verre n’est pas nuisible, puisqu’il s’agit de sable à la base. Il faut voir beaucoup plus large…

    – L’enfouissement du verre prend de la place dans les dépotoirs. À la quantité de verre que nous consommons, il faudra agrandir ces sites d’enfouissement, ce qui a un coût non négligeable…

    – La production de nouveau verre a également un coût. Il faut mélanger le sable avec des produits chimiques qui, eux-mêmes, ont dû être traités et produits par des méthodes polluantes. Il faut également chauffer le nouveau verre dans des fourneaux (qui ne sont pas nécessairement chauffés électriquement, et même pour ceux électriques, cette électricité peut provenir du charbon, donc production de GES).

    Bref, il faut rarement se laisser endormir par ceux qui proposent des solutions faciles et plutôt rester concentrer à se poser les vraies questions.

    Doit-on limiter le type de verre utilisé dans l’emballage pour faciliter son recyclage? Doit-on ajouter des lieux de collecte dans chaque ville pour mieux recycler le verre? Honnêtement, s’il y a un dépôt à verre à mon épicerie et que je dois aller y porter mon verre à chaque semaine, je le ferais! (et d’autres gens motivés par le développement durable agiraient certainement de la même façon)

  3. Jordane FERRON dit :

    Une chose m’étonne,

    Comment ce fait il qu’à l’instar de ce qui ce fais en Europe depuis quelques dizaine d’année maintenant, la collecte de verre n’est toujours pas séparé du reste de la collecte sélective des matériaux sec?

    Il semble pourtant évident que le verre souille le reste des produits recyclable dans le bac de collecte d’une part et d’autre part sa séparation en centre de tri devient une vrais prouesse technique (Problème d’Hygiène et de sécurité pour le personnel de tri, qualité et granulométrie moyennement acceptable pour le verre trié).

    Si on prend pour exemple la France, le verre est le premier matériau recyclé (depuis 1974) malgré le fait qu’ils ont laissés de coté la consigne (à tord ou à raison?).

    Sa recyclabilité ne posant pas les mêmes problèmes, la reprise du verre trouve sa valorisation principalement dans 4 secteurs (http://www.fedeverre.fr/) :
    – Verre plat
    – Laine et fil de verre
    – Verre creux
    – Verre technique et verre de silice

    Ainsi en 2012,, 2 millions de tonnes de verre d’emballage ont été collectées et recyclées:
    http://www.actu-environnement.com/ae/news/federation-industries-verre-recyclage-isolation-19073.php4

    Le seul exemple que je connais est celui du centre de tri LMCU de Lille Métropole, ayant fais le choix de n’avoir qu’un seul bac de récupération des matériaux recyclables secs incluant le verre d’emballage (au lieu de deux bacs distinct, la voix qui semble avoir été largement adopté dans les zones urbaines) .

    Ayant fais plusieurs caractérisation sur place des produits triés et conditionnés pour le compte de l’éco-organisme Eco-emballages, le résultat est qu’ils ont une chaîne de tri hors normes et extrêmement coûteuse, car très mécanisée et nécessitant une intense maintenance du à l’abrasivité des particules fines de verres (selon le responsable d’exploitation) .

    Il semble qu’au vu de la qualité du verre qu’ils arrivent à obtenir ils bénéficient de repreneurs à l’intérieur de l’Europe (la Belgique ou Allemagne sont très proche pour la question du coût du transport) ainsi qu’un centre d’enfouissement à proximité…
    Je sais également que la ville de Strasbourg tout aussi proche de ces pays limitrophes non pas fait ce choix d’intégrer tous les recyclable dans le même bac de collecte (ils ont préféré retirer les métaux qui sont collectés avec les ordures ménagères et récupérés au niveau de leur incinérateur).

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