L’écologie industrielle : une stratégie de l’économie circulaire


Qu’on le veuille ou non, il nous faut admettre que la pandémie actuelle aura au moins eu comme effet positif de faire prendre conscience de l’impact de nos modes de vie sur l’économie et l’environnement : consommation effrénée, routines familiales rodées au quart de tour, temps perdu dans les transports en solo, etc. Après quelques semaines de confinement, nombreux sont celles et ceux qui se sont mis à rêver d’un monde plus vert, plus résilient aux aléas économiques et sanitaires, où l’achat local est la norme. L’heure apparaît donc plus que propice à la remise en question de nos modèles d’affaires actuels.

Quand l’écologie rencontre l’industrie

L’écologie industrielle, deux mots qui n’ont pas à s’opposer, est un concept inspiré des cycles de la nature où aucune ressource n’est gaspillée. Un système industriel respectant ce principe tend vers le zéro déchet et un usage judicieux de toutes ses ressources : matérielles, énergétiques, voire même humaines. Un modèle économique respectant ce principe met en œuvre une économie dite circulaire, qui s’efforce de réduire son empreinte environnementale tout en contribuant au bien-être global des individus et des collectivités. On est à mille lieues du traditionnel « extraire, fabriquer, consommer et jeter ».

Sur un territoire donné, on parle de symbiose quand des entreprises et des industries se regroupent pour effectuer une meilleure gestion de leurs ressources. Elles s’échangent alors, dans une relation de proximité, des biens et services où le déchet devient une ressource à exploiter. Il existe dans le monde bon nombre de ces symbioses industrielles. Le Québec fait bonne figure à ce chapitre avec un réseau de près d’une vingtaine de territoires regroupés dans la communauté.

Porté par les consultants de Second Cycle, ce réseau accompagne les entreprises et les organisations (villes, centres hospitaliers, commissions scolaires, etc.) dans l’adoption de pratiques durables. En s’échangeant des ressources, ces dernières y gagnent en réduction du coût d’achat de matières premières et du coût d’élimination des résidus, et en nouvelles relations d’affaires de proximité. En d’autres mots : compétitivité et résilience améliorées pour les entreprises impliquées. Que demander de plus?

L’écologie industrielle, deux mots qui n’ont pas à s’opposer, est un concept inspiré des cycles de la nature où aucune ressource n’est gaspillée. Un système industriel respectant ce principe tend vers le zéro déchet et un usage judicieux de toutes ses ressources : matérielles, énergétiques, voire même humaines.

Une économie performante et agile en temps de pandémie

Ce réseau structuré d’experts en économie circulaire s’est montré d’une redoutable efficacité au cours des derniers mois. Il s’est adapté au contexte en repérant par exemple rapidement des matières résiduelles fermentescibles pouvant servir à la production de gel hydroalcoolique, en trouvant des surplus de contenants pour leur commercialisation, en accompagnant les entreprises pour la mise en place des directives sanitaires, etc. Ces initiatives ont permis de maintenir des entreprises en activité et de préserver de nombreux emplois. Au retour à la normale, elles n’auront pas à se relever de mois difficiles. De plus, leurs employés auront développé de nouvelles compétences et, fiers de leurs accomplissements, il y a fort à parier qu’ils seront loyaux à leur employeur pour longtemps.

Ce modèle d’économie circulaire a démontré son efficacité comme moyen d’accroitre la résilience des entreprises en temps incertains. La pandémie a eu pour effet de le mettre en relief.

Les projets de symbiose industrielle se développent depuis plus de dix ans déjà au Québec. Pour la période 2016-2019, ce sont 4,5 millions $ qui ont été économisés par les entreprises participantes, 14 000 tonnes de résidus détournées de l’enfouissement et 12 000 tonnes équivalent de CO2 évitées.

Une transition nécessaire

Pour déployer plus largement ce modèle d’affaires, il est impératif de ne plus baser la prise de décision sur le seul aspect économique. Les impacts environnementaux et sociaux doivent aussi être considérés. Les dirigeants d’entreprise doivent revoir leurs façons de faire et s’intéresser davantage au contenu de leurs conteneurs à déchets.

Depuis toujours, le secteur du recyclage et de la valorisation des matières résiduelles peine à compétitionner le faible coût de l’enfouissement au Québec. Plusieurs matières récupérées par la collecte sélective trouvent difficilement preneur dû au manque de débouchés locaux. Les donneurs d’ordre doivent paver la voie en exigeant des contenus en matières recyclées dans les devis techniques. Le gouvernement devrait, de son côté, s’assurer d’accélérer l’approbation de ces matières pour les usages qu’il réglemente, dans le secteur des transports et du génie civil notamment où les volumes impliqués sont considérables et pourraient changer la donne.

Il faut que la transition vers l’économie circulaire s’inscrive dans une politique nationale forte. Avec ses nombreux chercheurs et intervenants dans le domaine, le Québec peut se targuer d’être un précurseur au Canada. Qu’attendons-nous pour mettre ces experts à contribution?

L’écologie industrielle permet, chiffres à l’appui, de concilier les enjeux économiques et environnementaux. L’opportunité nous est donnée de prendre un nouveau départ. Saisissons-la.

L’écologie industrielle permet, chiffres à l’appui, de concilier les enjeux économiques et environnementaux. L’opportunité nous est donnée de prendre un nouveau départ. Saisissons-la.

Inspiré de…

Président-directeur général et cofondateur de Second Cycle, Frédéric Bouchard s’intéresse depuis 2010 à l’adoption de l’économie circulaire afin d’obtenir des gains économiques et environnementaux en entreprise. Depuis la fondation de son entreprise, il réalise des mandats de services-conseils stratégiques et opérationnels. Il est impliqué à la mise en place de plusieurs projets liés à l’économie circulaire. Au cours des différents projets, il a pu développer de nouveaux produits, diminuer les frais d’opération, augmenter la rentabilité. Frédéric Bouchard est consultant, formateur, auteur du blog.secondcycle.net et a donné plus de 20 présentations et conférences sur l’économie circulaire. Frédéric détient un baccalauréat en ingénierie de l’École de Technologie Supérieure. Ses expériences de travail dans les milieux industriel, manufacturier, métallurgique, pétrochimique et pâtes et papiers lui on fait réaliser l’importance de gérer les résidus industriels comme des produits. Sa vision est " Un déchet est un déchet si on le considère comme un déchet! "

Publié dans Actualité Second Cycle, Économie circulaire

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