Le « Green fence » chinois ou le gel des importations de matières recyclables

« The party is over »…

La fête est terminée… Cette phrase est sortie de la bouche d’un homme d’affaire chinois dans le domaine du recyclage, qui s’entretenait avec un homologue québécois en mission commerciale en Chine, il y a quelques semaines. Cette personne faisait référence au fait bien connu que l’Amérique (États-Unis surtout, mais le Québec aussi) envoie systématiquement ses ballots de plastique et de papier, triés ou pas, en Chine en vue de leur traitement et du recyclage, faute d’intérêt des producteurs locaux ou parce qu’il y en a juste trop. La Chine a déjà levée une « barrière verte » en 2008, en raison de la crise économique et de la chute du prix des matières.

Pourquoi on envoie tout en Chine?

Bien loin d’être un monde facile et ne reposant que sur la technologie, le recyclage est une opération coûteuse et suit les aléas du marché, dicté par le prix moyen des matières et le coût de leur transport. Pour que le plastique, par exemple, soit recyclé, il faut un tri minutieux, voire parfait. Ce que les centres de tri au Québec ne peuvent effectuer. Non pas que leur travail soit discutable ou les équipements inadéquats, loin de là. Tout est une question de contamination; du plastique mélangé, des résidus de ci dans des ballots de ça, des déchets dans le bac bleu, etc. Les recycleurs, qu’ils soient québécois, états-uniens, français ou chinois, ont tous le même problème : il y a beaucoup de contamination qui subsiste dans les ballots qu’ils reçoivent et les plastiques (hormis le #1 PET, polyéthylène téréphtalate) arrivent mélangés. Les papetières québécoises, les principales intéressées en matière de recyclage de papier, n’accepte pas tout le papier issu de la collecte sélective, tellement il est contaminé par le verre (voir précédent billet Quel avenir pour le verre). Les ballots de plastique 2 à 7 produits par les centres de tri  sont vendus à des recycleurs ou à des courtiers. Certaines entreprises en font le tri, puis le vendent à des producteurs. D’autres l’envoient directement outre-mer, sans même y toucher. Mais à qui ? Principalement la Chine.

Pourquoi les chinois ne prendraient plus nos matières recyclables, le plastique en premier lieu?

Le gouvernement chinois a lancé une nouvelle initiative fin 2012 visant l’importation et le transfert de plastique post-consommation et de déchets. On y apprend qu’« il examinera l’application stricte des règlements qui interdisent l’importation de plastiques non lavés, de post-consommation ainsi que l’interdiction du transfert des déchets importés à une société autre que celle autorisée par la licence d’importation. Il ne sera également pas permis aux entreprises de vendre les restes de plastique non lavé du tri du plastique et du papier importé. ».

Les compagnies états-uniennes en recyclage paniquent déjà. Les exportateurs font présentement face à la multiplication des délais de douanes, car les officiers chinois ouvrent de plus en plus de conteneurs pour vérifications et retardent l’entrée des ballots de matières recyclées et de déchets, quand ils ne les retournent pas directement à l’expéditeur lorsque des anomalies sont détectées. Par exemple, un douanier trouve une seringue dans un ballot, et la cargaison au complet est aussitôt renvoyée, car considérée comme déchets biomédicaux. Un ballot de papier qui contiendrait trop de plastique pourrait éventuellement subir le même sort.

Quel est le but d’une barrière verte, du fameux « green fence » ou « green wall »?

La raison ? Simple. La Chine désire contrôler davantage les matières importées en refusant celles qui ne présentent pas les exigences de qualité requises. En effet, trop souvent ils doivent disposer de ballots qui contiennent des déchets dangereux ou carrément des « vidanges ». De plus, les ballots de plastique non lavé exigent une grande quantité d’eau qui en ressortira contaminé. Le traitement de l’eau de lavage et la disposition des déchets constituent un coût supplémentaire, sans parler du risque environnemental des déchets dangereux retrouvés. À l’heure ou la République populaire multiplie les lois et les initiatives de protection de l’environnement, ces contrôles semblent cohérents. Mais est-ce la seule raison ?

Second Cycle a eu vent, par plusieurs recycleurs de son réseau, d’une rumeur à propos des véritables intentions des autorités chinoises : faire chuter les prix des matières recyclables. Cet avis est partagé par plusieurs exportateurs, qui se sont fait négocier à la baisse leurs cargaisons, en raison de contrôles plus fréquents des officiers de douane ou de la contamination élevée. Serait-ce donc une tentative non-avouée de faire baisser les prix ?

Aussi, le gouvernement chinois stipule que 3% des cargaisons doit être vérifié, alors que les douaniers ont le pouvoir de vérifier 100 % d’une cargaison selon leur intuition. De nombreux exportateurs ont tout simplement cessé d’envoyer leurs déchets en Chine suite à cette situation. S’agit-il de décisions subjectives dictées par la pression des entreprises du marché ? Un directeur de la compagnie J&J Industries pense même que les douaniers sont payés par ces dernières. Certains pensent que la situation pourrait revenir à la normale d’ici novembre, alors que d’autres soupçonnent que ce soit le début d’une progression de contrôles plus stricts sur les importations chinoises.

Quel impact pour le Québec?

Sachant que nous fonctionnons sensiblement de la même manière que les « scrap exporters » états-uniens, et que ces derniers regardent présentement les ballots s’empiler sans trouver preneur, nous pouvons prédire que la situation du marché des matières recyclables n’est pas prête de s’améliorer. À moins que la performance des centres de tri soit améliorée, que le mode de collecte soit révisé et que la recherche de débouchés locaux s’intensifie, nous risquons de connaître la même panique que le secteur du recyclage chez nos voisins du Sud.

Car il faudra bien l’admettre, les Chinois veulent désormais la crème des matières recyclables.

 

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Frédéric Bouchard

Président-directeur général et cofondateur de Second Cycle, s’intéresse depuis 2010 à l’adoption de l’économie circulaire afin d’obtenir des gains économiques et environnementaux en entreprise. Depuis la fondation de Second Cycle, l’entreprise réalise des mandats de service-conseil stratégiques et est impliquée à la mise en place sur une base annuelle à environ 80 succès liés à l’économie circulaire. Frédéric Bouchard est consultant, formateur, l’auteur du blog.secondcycle.net et a donné plus de 20 présentations et conférences sur l’économie circulaire. Frédéric détient un bac en Sciences Appliquées orienté pour le milieu industriel de l’École de Technologie Supérieure.

Publié dans Actualité Second Cycle, Développement durable ici et ailleurs, Gestion des matières résiduelles

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