Accepteriez-vous de réemployer des sols décontaminés?

Qui n’a pas remarqué tous ces terrains et bâtiments abandonnés en plein centre-ville, qui accueillaient auparavant un garage ou une station-service? Visiblement, ils sont difficiles à vendre, car pour certains, cela fait des années que les pissenlits ont percé le bitume! Pour un promoteur, la raison est simple : il faut restaurer un terrain contaminé lorsque l’on veut construire de nouveaux bâtiments. Et la décontamination, ça coûte cher. Politiques environnementales obligent, un promoteur devra attendre que le projet soit économiquement viable en tenant compte de la décontamination.

Que ferons-nous avec les sols traités suite à l’accident de Lac Mégantic? Lors d’un événement comme Lac Mégantic, la problématique augmente étant donné les quantités de sols à décontaminer.

Une fois que les sols ont été décontaminés, qu’en fait-on ? Est-ce que l’on pourrait leur trouver une nouvelle vie? Et pour les réutiliser, qui en voudra bien? Le seul terme « contaminé » fait peur à bien des gens.

Des milliers de tonnes de sols contaminés excavés chaque année prennent la route des dépotoirs. Les sols décontaminés de grade B-C peuvent être reconnus comme recouvrement journalier des déchets. Bien entendu, il en faut du matériau de recouvrement, car au Québec, malgré les beaux discours et les véritables efforts consentis à la gestion des matières résiduelles, on n’a pas fini d’enfouir. Ne pourrait-on pas faire une meilleure utilisation de ces sols traités? Et pour les autres sols contaminés tels que les sols faiblement contaminés (A-B), où sont-ils envoyés? Sont-ils bien éliminés dans des lieux autorisés?

En parlant avec les acteurs du milieu du traitement des sols, bien qu’ils soient convaincus que les sols traités sont réutilisables, ils se butent à un problème de perception lorsque vient l’opportunité de promouvoir le réemploi tout en respectant la réglementation en place. Par exemple, les sols faiblement contaminés sont dits de grade résidentiel, alors, pourquoi ne pas leur donner une seconde vie?

Selon un essai de maîtrise présenté par Karine Plante, une étudiante en environnement de l’Université de Sherbrooke, il existe plusieurs options pour valoriser ces sols décontaminés, dont l’utilisation sur le site d’origine ou sur un site différent (ex : remblayage ou fabrication de talus) l’utilisation dans la mise en place des assises d’infrastructures routières ou des fondations de bâtiments (fabrication de matériaux géotechniques), l’incorporation des sols traités à l’asphalte, au béton, à la brique et au ciment, la fabrication de compost et le remblayage de carrières et mines, entres autres. Elle rappelle aussi que « certains centres ont développé des stratégies d’entreposage des sols traités, sols qui ne trouvent que trop peu souvent preneur parce que les préjugés à leur endroit sont très tenaces. »

Du côté du gouvernement du Québec, des mesures incitatives ont été lancées, telles que Revi-Sols, un  programme de réhabilitation de terrains contaminés en milieu urbain (1998-2003) et Climat-Sol, qui prendra fin le 31 mars 2015. Mais cela n’aide en rien les entreprises de traitement à trouver des débouchés pour réemployer, recycler ou valoriser ces sols. Car, bien qu’il existe plusieurs solutions, comme d’incorporer les sols à de l’asphalte, de la brique ou du béton, ou qu’il soit possible de les composter et d’utiliser le compost dans certains aménagements paysagers ou en horticulture, le fond du problème reste le même : qui en voudra bien?

Le Ministère des Transports du Québec (MTQ), les associations d’entrepreneurs en construction et autres acteurs importants ayant du poids dans les décisions d’utiliser tel ou tel matériau pour des grands projets de construction, devraient être sensibilisés au fait qu’il est possible, et surtout économique, d’utiliser des sols décontaminés entre A-B et B-C pour la fabrication de talus, de remblais ou pour du remplissage. Le MTQ étant le plus grand donneur de contrats du Québec, il devrait intégrer cette possibilité à même sa grille de critères pour l’octroi des contrats d’infrastructures routières. Le gouvernement du Québec pourrait aussi être conséquent avec sa Politique de gestion des matières résiduelles, laquelle entend favoriser le réemploi, le recyclage et la valorisation avant l’élimination, en favorisant le réemploi des sols décontaminés comme condition dans ses futurs grands chantiers.

Pour conclure!

Du côté de l’Europe, la France vie une pénurie car le nombre de sablières est passé de 5000 à 3000. Ce déclin entraîne une augmentation du réemploi des sols.  Ce qui est une bonne nouvelle en soi car personne ne rêve d’habiter à proximité d’une carrière où sont extraits des milliers de tonnes de sols et de gravats.

Les sablières, carrières ainsi que toute forme d’extraction crée une pression sur l’environnement sans compter les dangers pour la sécurité. Ne serait-il pas plus intelligent de réutiliser les sols pourvu que leur décontamination soit complétée selon les normes? Ce type de pratique pourrait-elle prendre place dans la cadre de certification de la construction comme LEED?

Est-ce que le sujet vous interpelle? Contactez-nous au 581-996-2267!

 

Source des images: Wikipédia

Président-directeur général et cofondateur de Second Cycle, s’intéresse depuis 2010 à l’adoption de l’économie circulaire afin d’obtenir des gains économiques et environnementaux en entreprise. Depuis la fondation de Second Cycle, l’entreprise réalise des mandats de service-conseil stratégiques et est impliquée à la mise en place sur une base annuelle à environ 80 succès liés à l’économie circulaire. Frédéric Bouchard est consultant, formateur, l’auteur du blog.secondcycle.net et a donné plus de 20 présentations et conférences sur l’économie circulaire. Frédéric détient un bac en Sciences Appliquées orienté pour le milieu industriel de l’École de Technologie Supérieure.

Publié dans Actualité Second Cycle, Développement durable ici et ailleurs, Gestion des matières résiduelles

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