2013, une année de crise pour les centres de tri!

Face à la nouvelle donne qui s’installe avec le gel des importations de matières recyclables en Chine (Voir le Green fence), le marché au Québec est ébranlé à l’instar de la crise de 2008-2009.

Rappelons-nous ce qui est arrivé en 2009. Alors que la Chine levait une barrière à toute importation de matières recyclables ou de déchets, surnommée le « Green Fence » par les exportateurs de scrap états-uniens, le prix des matières recyclables en général s’est vu forcer une descente aux enfers. Le prix de toutes les matières premières a d’ailleurs chuté aussi drastiquement, de pair avec la dégringolade de l’économie mondiale, s’ajoutant au cauchemar que commençait à vivre le secteur du recyclage. Résultats : des entrepôts pleins à craquer, des ventes à pertes et l’usage de raccourcis peu recommandables pour écouler les ballots de plastique et de papier. Par la suite, après que nos gouvernements eurent publiquement grondé les banques tout en leur octroyant des milliards de fonds publics afin de sauver l’économie, les bourses redémarrèrent, confiante que la crise se règlerait rapidement. La valeur moyenne des matières recyclables se remit alors à grimper constamment de 2009 à 2012.

Pendant ce temps, les centres de tri du Québec qui menaçaient de fermer ont été sauvés. Mieux, ils ont amélioré leurs opérations et ont investi des sommes considérables pour se moderniser et acquérir de nouveaux équipements, comme des trommels, des séparateurs magnétiques (courant de Foucault) et des lecteurs optiques, notamment avec l’aide du gouvernement. En effet, ce dernier avait annoncé à l’époque un programme de garanties financières pour consentir des prêts aux centres de tri qui éprouvaient des difficultés et RECYC-QUÉBEC a depuis mis sur pied un programme d’aide financière pour la performance des centres de tri.

Mais comme le système boursier n’a pas changé, ni le capitalisme subi la « refonte » tant souhaitée, le marché mondial est aussi volatil qu’avant, voire davantage, puisque la crise n’a été résolue qu’en façade. Et avec ce qui se passe entre les ports chinois et l’export américain de scrap en général, l’espoir d’une stabilité économique semble vain pour le marché des matières recyclables. Car déjà on notait une baisse des prix de certaines matières en 2012, se poursuivant cette année.

Que nous réserve l’année 2013?

Nous assistons à une autre baisse moyenne de la valeur de toutes les matières recyclables. Klareco fermée, les centres de tri vont se bousculer aux portes des sites d’enfouissement (voir billet Quel avenir pour le verre). Car il faut le dire, la rentabilité de cette matière, dans la logique de récupération et de tri qu’elle connaît actuellement au Québec, est tout bonnement impossible. Alors que le prix moyen pour le verre mélangé était de -12 $ la tonne en 2012, et de -9 $ en 2013 selon RECYC-QUÉBEC, on parle plutôt de 25 $ la tonne aujourd’hui pour le faire recycler au Québec. Et il semblerait que ce mystérieux recycleur ne puisse pas en prendre plus. En l’absence présumée d’autres recycleurs et d’ici à ce que l’usine de micronisation ouvre ses portes, il risque de coûter son pesant de sable pour disposer du verre, en plus de la taxe à l’enfouissement!

Pour le papier, la situation n’est guère plus reluisante qu’avant. Les recycleurs préfèrent encore de loin importer du papier recyclé des États-Unis que de prendre celui des centres de tri québécois. Gageons donc que les ballots de papiers mixtes, tous contaminés par le verre, vont devoir bientôt patienter dans un coin de hangar tant que la Chine ne rouvrira pas ses portes. Et si elle persiste à ne vouloir que les meilleures matières recyclables, la crème des déchets, nos pauvres ballots ne trouveront peut-être même pas preneur aux États-Unis, car eux sont déjà sur le pied de guerre pour améliorer la qualité de leurs propres ballots de papier et de plastique, quand ils ne contournent pas le Green Fence en passant par le Vietnam!

La consigne, ennemie des centres de tri ?

Il existe une autre problématique, moins évidente mais bien présente, dans les centres de tri, concerne l’aluminium. Car les centres de tri ne récupèrent pas les canettes pour son poids (1300$ la tonne en 2013), ils reçoivent une compensation pour la consigne. Et cette compensation se base sur une estimation de la valeur de la consigne contenue dans une tonne de canettes. Bien qu’un centre de tri reçoive environ 2 500$ par tonne (environ 50 000 canettes à 5 cent), la plupart des canettes sont retournées aux détaillants et expédiées chez les recycleurs autorisés par RECYC-QUÉBEC. On comprend alors pourquoi l’organisme Bac+, qui regroupe notamment la SAQ et Tricentris, fait tant de lobbying pour éliminer la consigne. La récupération par la collecte sélective de toutes les canettes en aluminium permettraient certainement aux centres de tri de palier aux fluctuations du marché des matières recyclables et d’investir dans la recherche de débouchés pour les autres matières qui ont moins la cote.

André Poitras, Directeur général de la Société V.I.A., en convient : « Les revenus tirés de l’aluminium sont importants. Par contre, nous avons un rapport qui démontre clairement que l’abolition de la consigne, même si elle augmenterait le volume de canettes en passant par les centres de tri, aurait un impact négatif sur le recyclage de l’aluminium en général. Il est utopique de croire qu’on va récupérer plus d’aluminium au Québec si on enlève l’incitatif de la consigne. On compte plutôt sur la croissance du volume de canettes que les citoyens mettent dans leur bac bleu. » Qu’on soit pro consigne ou pro collecte sélective, il reste que les campagnes de financement basées sur la collecte des canettes n’aident pas les centres de tri.

Car là est la source d’un autre débat! Les OSBL, écoles et autres collecteurs de canettes du Québec nuisent-ils à la performance des centres de tri en faisant de la « consigne sociale » leurs sources de financement ? Qu’est-ce qui est plus valeureux, donner ses canettes aux Scouts ou aux centres de tri ?

Président-directeur général et cofondateur de Second Cycle, s’intéresse depuis 2010 à l’adoption de l’économie circulaire afin d’obtenir des gains économiques et environnementaux en entreprise. Depuis la fondation de Second Cycle, l’entreprise réalise des mandats de service-conseil stratégiques et est impliquée à la mise en place sur une base annuelle à environ 80 succès liés à l’économie circulaire. Frédéric Bouchard est consultant, formateur, l’auteur du blog.secondcycle.net et a donné plus de 20 présentations et conférences sur l’économie circulaire. Frédéric détient un bac en Sciences Appliquées orienté pour le milieu industriel de l’École de Technologie Supérieure.

Publié dans Actualité Second Cycle, Développement durable ici et ailleurs, Gestion des matières résiduelles
2 commentaires sur “2013, une année de crise pour les centres de tri!
  1. Jean-Marc Varin dit :

    Les centre de tri doivent vivre avec la crise mondiale qui touchent la consommation de toute matière recyclable ou pas. Ils doivent comme la populace, faire plus avec moins. Mais surtout d’arrêter de penser que ce sera la Chine ou l’Inde qui viendront à leur rescousse. En effet, de 2008 – 2010 le Gouvernement québécois a fortement aidé les entreprises d’ici dans ce domaine. J’en fut un des témoins privilégiés. Toutefois, ces entreprises demeurent des entreprises à capitaux et je ne suis pas entièrement d’accord à les soutenir de manière sans fin à chaque 4 ans. De plus, dans les années 90, alors que les professionnels en environnement comme moi, vantaient les grands avantages de la récupération, implantaient et réalisaient le suivi des systèmes que nous connaissons aujourd’hui, jamais au grand jamais avons eu une reconnaissance de tous ces gens. Qui sais, suis-je un travailleur dans l’ombre, mais je persiste à croire que s’ils ont toujours tourné la tête face à notre travail, pourquoi je devrais aujourd’hui encore peser sur le bouton de l’ascenseur, alors qu’eux, ne l’ont JAMAIS fait. C’est malheureux, mais ma réponse est, si vous n’êtes plus capables de vous créer ou de chercher des marchés pour vos matières, changez de profession ou bye bye ! Allez, innovez!

  2. Elizabeth Moreau dit :

    La gestion des déchets est une problématique difficile à aborder, le problème est international. Nous générons trop de déchets, et nous ne savons plus quoi en faire. Tous les efforts pour diminuer la quantité de résidus envoyée vers les sites d’enfouissement sont [notés]. Au Québec, nous connaissons présentement une crise : nous ne savons plus quoi faire du verre récupéré. Le verre est la matière résiduelle la plus récupérée par les ménages québécois (Turgeon, 2013). Depuis la fermeture de l’usine Klareco à Longueuil au mois d’avril, la crise du surplus de verre est devenu le sujet de nombreux débats. Certains pensent que nous devrions nous résoudre à l’élimination du verre, voire à son enfouissement. D’autres pensent que nous devrions trouver de nouveaux moyens pour valoriser cette matière récupérée. La question qui se pose est la suivante : Comment pourrions-nous revaloriser le verre récupéré au Québec? Afin de répondre à cette question, nous devons premièrement comprendre la situation actuelle, prendre connaissance des méthodes de collecte actuelle, puis finalement, identifier les débouchés potentiels.

    M. Louis Gagné a dit que la situation actuelle est temporaire et doit être corrigée. Il est vrai que la fermeture de l’usine Klareco a eu un impact sur la chaîne de valeurs du verre recyclé; celle-ci recyclait 70% du verre au Québec. Toutefois, celle-ci n’a pas déclenché la crise que nous connaissons présentement au Québec. Même avant cet évènement, la situation était difficile. Lors d’un entretien avec Mme Geneviève Dionne d’EEQ (Éco Entreprises Québec), il a été rapporté que le Québec comptait peu d’usines de tri et de traitement du verre. La gestion du verre récupéré est une problématique qui date de plusieurs années et n’est pas exclusive qu’au Québec. Présentement, les perspectives de revente du verre sont peu intéressantes pour les centres de tri (Turgeon, 2013). « Klareco était la seule entreprise du Québec à avoir la capacité de traiter d’importants volumes de verre propre, et la seule en Amérique du Nord en mesure de transformer le verre mixte issu de la collecte sélective. » (Coutu, 2014). Il est évident que la situation actuelle est imparfaite, et le verre récupéré s’accumule rapidement dans les centres de tri. Les environnementalistes craignent que la solution à cette accumulation ne tarde trop, puis que le verre devienne contaminé puis irrécupérable, le menant directement aux sites d’enfouissement. Afin d’éviter cette alternative, qui en vérité, n’est pas vraiment une solution, voyons comment le verre est collecté puis traité.

    Les résidus de verre sont récupérés au moyen de quatre systèmes de collecte. Pour le secteur résidentiel, les deux systèmes présents sont la collecte sélective municipale dans le même bac de recyclage que les autres matières recyclables, la consigne privée et publique. La consigne privée pour les contenants à remplissage multiple, puis le publique qui vise les contenants à remplissage unique (Gagné, 2010). L’inconvénient de récolter le verre dans le même bac que le carton et le plastique est la contamination. Ceci parce que « Le verre dans le bac de récupération se brise » dit M. Karel Ménard, du Front commun québécois pour la gestion écologique des déchets. La contamination du verre et des autres matières recyclables diminue leur valeur et rend la revente plus difficile. Selon M. Ménard, le problème de la contamination ajouté à la fermeture de l’usine Klareco est le signal pour revoir le système de récupération puis introduire la consigne systématique des bouteilles de vin au Québec (Coutu, 2013). Cependant, d’autres s’opposent à cette solution. « En Europe, on refait d’autres bouteilles de vin avec les bouteilles usagées. Les nouvelles bouteilles contiennent environ 85% de bouteilles recyclées. Mais, ici, nous ne produisons pas suffisamment de verre pour en faire autant, d’où la nécessité de le valoriser autrement », dit Mario Quintin, vice-président développement durable, SAQ (Rodgers, 2013). Nous avons ainsi établi que la consigne des bouteilles de vin n’est pas une solution viable pour le Québec. Pour ce qui en est de la récolte séparée du verre, certaines technologies tel que le Trommel de Machinex, retirerait jusqu’à 95% du verre dès le début du tri (Garcia, 2013). La récolte sélective demeurerait ainsi une méthode appropriée.

    Une fois le verre récolté, nettoyé puis traîté, quels sont les débouchés potentiels? « En refaisant du verre avec du verre, on économise de 25 % à 30 % en énergie, ce qui vaut la peine d’être considéré. » a dit Jeannot Richard de Recyc-Québec. De ce verre recyclé, on utilise le plus grand volume dans la fabrication des bouteilles et des pots. M. Richard souligne aussi que « plus on a de la matière disponible, plus on peut développer de nouveaux marchés » (Rodgers, 2013). La SAQ travaille aussi en collaboration avec le centre de tri Tricentris où l’on est en train de développer un processus que l’on appelle la micronisation du verre (Garci, 2013). En quoi la micronisation consiste-t-elle? Le procédé consiste à transformer le verre issu du recyclage en poudre pour l’ajouter au béton. Tel que mentionné sur le site internet de Tricentris « En plus d’offrir un débouché au recyclage du verre, elle améliore la qualité du béton de construction. » Les utilisations du verre récupéré sont nombreuses. En Floride, par exemple, les plages sont en train de se faire avaler par l’océan. Afin de remédier au problème du manque de sable, on prévoit peut-être utiliser le verre récupérer pour produire du sable afin de regarnir les plages (Alvarez, 2013). À travers le monde, on trouve des façons de redonner de la valeur au verre recyclé, il suffit d’avoir un peu d’imagination.

    Finalement, la situation actuelle du surplus de verre récupéré au Québec est fâcheuse pour le moment, toutefois les méthodes de collecte ne sont pas le problème. Il nous faut trouver les débouchés appropriés et s’e servir de façon responsable. Toutefois, nous cherchons ici des moyens de valoriser le verre et non de se trouver des moyens créatifs d’en disposer. Selon moi, dans une situation comme celle-ci, on se doit d’être créatif. C’est ici que les designers doivent intervenir, afin de trouver d’autres usages originaux, inusités, responsables, sains pour l’environnement et rentables pour le verre récupéré au Québec. Quelle sera donc la prochaine étape d’innovation pour le recyclage du verre au Québec?

    BIBLIOGRAPHIE

    ALVAREZ, Lizette (2013), « Where Sand is Gold, the Reserves Are Running Dry », NY Times, http://www.nytimes.com/2013/08/25/us/where-sand-is-gold-the-coffers-are-running-dry-in-florida.html?pagewanted=all&_r=0, consulté le 23 septembre 2013.

    COUTU, Simon (2013), « Une usine qui recyclait 70% du verre au Québec ferme ses portes. », Radio-Canada, http://blogues.radio-canada.ca/rive-sud/2013/04/29/fermeture-usine-recyclage-verre-klareco/, document consulté le 23 septembre 2013.

    GAGNÉ, Louis (2010), « Le verre, fiches informatives », Recyc-Québec, http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/Upload/Publications/Fiche-verre.pdf, document consulté en ligne le 23 septembre 2013.

    GARCIA, Julie (2013), « Quel avenir pour le verre? », Blog de second cycle, http://blog.secondcycle.net/post/2013/05/06/Quel-avenir-pour-le-verre/, document consulté en ligne le 24 septembre 2013.

    RODGERS, Caroline (2013), « Valorisation du verre – Un futur bétonné pour les bouteilles de vin », Le Devoir, http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/375931/un-futur-betonne-pour-les-bouteilles-de-vin, document consulté le 23 septembre 2013.

    TURGEON, Pierre-Gabriel (2013), « Pas payant de récupérer le verre », CIMT.ca, http://cimt.teleinterrives.com/nouvelle-Regional_Pas_payant_de_recuperer_le_verre-4963, document consulté en ligne le 24 septembre 2013.

    [s.a.] ( [s.d.] ), « Usine de micronisation du verre », Tricentris, http://www.tricentris.com/Initiatives/Projets/Micronisation-du-verre, document consulté le 24 septembre 2013.

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